l'autre jour, je me disais qu'il me manquait des saloperies à pendre sur mon portable pour atteindre enfin le bonheur tant vanté dans les publicités passé vingt-deux heures (celles avec les filles dénudées).
j'ai donc sauté sur mon fidèle pc portable et j'ai de mémoire, retrouvé un site japonais sur lequel j'avais passé mes longues nuits d'hiver il y a quelques années.
comme tout le monde le sait, je bosse en ce moment sur un post-apo dont le héros se nomme Gueule de Truie, et porte un masque à gaz. c'est même comme ça qu'on le reconnait. en plus il est méchant. le masque à gaz est la clef.
et donc, sur ce site, j'ai vu ça.
gueule de truie, mon brave gueule de truie, tu m'as trahi.
ayant fini de peindre une de mes pétasses en figurine, j'ai voulu la prendre en photo afin de me moquer des péruviens (j'avais trouvé un jeu de mots avec "vigogne").
or, j'ai regardé les photos susdites, et je crois que, de ma vie, je n'ai jamais rien vu d'aussi flou.
"seigneur dieu, mes yeux, mes YEUX!!"
à part une seule, dite "crotch picture", du coup je vais m'en passer.
une image d'un t-rex qui vomit un arc-en-ciel, histoire de remplacer.
c'était ça ou une ferrari, j'ai choisi la simplicité.
souvent, avec un monocle, on pense qu'on ressemblera à ça;
(à droite. je parle de la position sur la photo)
alors que souvent, soyons honnête, avec un monocle on ressemble simplement à un malade mental.
(doux jésus, mettre des lentilles avait l'air si simple)
de fait, je pense que je ne mettrai jamais mon monocle, d'autant plus que j'ai déjà eu le loisir d'un essayer un et qu'avec j'ai vraiment, mais vraiment une tête de nazi, de quoi me prendre une balle perdue pendant la nuit des longs couteaux.
mais qu'importe. je le garderai dans ma poche et je le sortirai dès que je sentirai que le moment m'est favorable afin de me la péter grave, tel un Jerome K Jerome des temps modernes.
et oui, ici on se targue d'avoir vu le meilleur film au monde (Valhalla rising), rencontré le medecin le plus gentil, et lu le livre qui surpasse tous les autres. ici, c'est la classe.
quel est ce livre, donc, me demandez-vous avec la bave aux lèvres. "Jeannot Lapin fait ses dents", "Ultimex casse un vieux", "la Bible de warhammer 40.000"? et bien non , même pas, c'est le roman de Renart.
...
je vois que tu ne me crois pas, fidèle lecteur, et je vais donc te démontrer mon point de vue avec brio, vite, avant que la codéine que je viens de m'enfiler fasse effet et que je me mette à baver sur mon clavier.
le roman de Renart est une ode à la violence et la méchanceté, comme jamais tu n'en a lu, même si tu fréquentes les forums politiques. c'est impossible, ne cherche pas, l'univers s'effondrerait sur lui-même s'il était possible, même un peu, d'approcher la bêtise et le vice de ces animaux. te souviens-tu des français qui lancent une vache sur le roi arthur, dans holy graal? leurs bordées d'injures, la mère du roi qui était un hamster et de son père qui puait le sureau? c'était jusque là mon niveau maximum de méchanceté gratuite, par exemple. et bien quand j'ai lu le roman de renart, j'ai cherché la maison d'Eric Idle sur google earth et je m'y suis rendue afin de briser la fenêtre de sa chambre avec une pierre, pour me venger de lui.
déjà, il faut savoir qu'on parle de l'édition de 85 des deux tomes poche chez flammarion, parce que les traducteurs, Jean Dufournet et Andrée Meline, ont fait un travail superbe, et ils sont très vulgaires, ce qui est bien.
j'ai pris le premier tome qui avait l'air un peu chiant dans le train, pour me forcer à lire un truc qui semblait intellectuel en public, et en fait je me suis tellement marrée que les gens venaient voir ce que je lisais; une fois qu'ils avaient lu par dessus mon épaule, ils changeaient de wagon, mais c'était des cons. (d'autant plus que je l'ai lu en vo, car j'aime me vanter.)
"feignant, fait-il, ouvre donc la gueule!
ton museau y arrive presque!
fils de pute, ouvre la gueule!"
il le raille et le roule dans la farine.
c'est le premier passage que j'ai anoté à l'aide d'un scotch rose dans la marge. je pense qu'ensuite j'ai tenté de bosser, parce que j'ai marqué des trucs chiants, comme
"mes sa parole, que li coste?
si le salue belement."
ce qui veut dire, je crois, "mais ma parole, c'est un véritable lacoste! je te salue en bêlant."
au troisième scotch, on voit que je commence à craquer, car on lit;
"que Dieu lui donne un taudis et un croûton de pain,
à lui et à sa saloperie de putain!"
(ils parlent d'un prêtre)
au quatrième, je reprends le dessus;
"inutile d'apporter de l'or ou de l'argent,
inutile de s'accompagner d'un defenseur,
qu'il prenne seulement la corde pour le pendre"
"si n'i aport or ne argent,
ne n'ameint hon por lui deffendre,
fors la hart a sa gole pendre"
déjà, on voit que les moyen-âgeux s'envoyaient des sms dans la face en plein théatre. ensuite, quand même, "fors la hart a sa gole pendre", ça a de la classe, ça se pose là, c'est magnifique.
suivent de multiples scotchs roses notant des formules aussi belles que celles-ci, preuve que j'étais très sérieuse. ensuite, ah, ensuite...
""Sire le roi, reprennez vos oripeaux!
que Dieu annéantisse le freluquet
qui m'embarassa de cette guenille,
de ce bâton et cette besace!"
il s'en torche le derrière sous les yeux des bêtes
puis les leur jette sur la tête."
(son cul en tert voiant les bestes,
puis si lor jete sor les testes)
je crois que c'est là que j'ai commencé à rire sottement.
ensuite, Renart se fait passer pour Galopin, un anglais. le portrait est si juste que je suis retournée chez Eric Idle et que j'ai glissé un herisson crevé sous sa gouttière.
"Foutre grand merci, dit Galopin.
moi savoir foutus bons tours,
moi savoir aussi foutues bonnes blagues."
"Fotre merci, dist Galopin.
je fot saver molt bons chopins
si fot saver bon lecheri."
je crois que cette branche dure six mille pages, et qu'il y a un "foutre/fot/fotre" à chaque ligne.
ensuite le loup Ysengrin parle à sa femme, qui vient de se faire violer.
"vieille pute, dit Isengrin,
je souhaite qu'il vous arrive malheur demain matin!"
on dirait du Confessions Intimes.
"... que ses fils se sont plaints à lui
d'avoir été battus, affamés,
inondés de pisse, insultés,
injuriés et même traités
de fils de pute et de sales bâtards."
"si fil se sont a lui clamé
que batu sont et afamé
et conpissié et chaallé
et laidengié et plus clamé
fil a putein, batart avoutre."
le coup du pipi c'est Renart qui a violé la mère des louveteaux avant de leur pisser dans la bouche.
Il y avait aussi un "nous lui retournerons le paletot/li renverserons la gonnele" qui m'avait fait mourir de rire, mais je suis parfois un peu sotte.
encore un passage entre Ysengrin et sa femme;
"aussitôt, il lui envoie une bordée d'injures
et lui donne des coups de pied, comme s'il avait bu"
ce qui donne envie de vivre chez eux, quand même.
"maintenant la va ledenjant;
del pié la fiert con s'il fust ivre."
ensuite Renart et Ysengrin se foutent sur le cornet, et ça donne;
"(renart) lui fait un croc-en-jambes, le repousse loin de lui
et le renverse sur le sol;
l'attaquant par le côté,
il lui brise les dents dans la bouche,
lui lance au visage crachats et morve,
(et) lui enfonce un bâton dans les yeux."
"jambet li fait, de lui l'enpaint,
a la terre le gete envers.
renart li vint sus en travers.
les dents li brise en la bouche,
en la chiere li crache et mouche,
es iex lui boute le baston"
j'aimerais pouvoir parler de morve avec cette même élégance.
après, on parle de la femme d'ysengrin. je vous laisse deviner.
"Haï, haï! quel druerie!
trop est vieille sa puterie;
ele a entor le cul plus fronces
qu'en un arpen de bois n'ait ronces."
vu qu'hersant a un fri-fri qui pourrait faire croire qu'elle a été coupée en deux;
"(à ta place elle préfèrerait un jeune douche)
qui auroit le vit gros et dur,
dont elle feroit tenter sa plaie"
"maudite soit son enclume
qui a reçu tant de coups de bite
qu'il y a de feuilles sur cent saules
en plein été!"
et mon favori;
"(...) dans toute la france, il n'existe pas de mortier
assez solide, robuste, parfait en son genre,
fut-il en pierre de taille ou en cuivre,
puis résister à un tel écartement"
il y en a dix pages. sans rire.
Après, ils coincent ysengrin dans une porte et le bélier belin le charge jusqu'à ce que "tant a feru et tant hurté que le lou a escervelé."
ils traitent aussi un paysan de "desloiau vilein deputaire", donc déloyal, bouseux et fils de pute, ce qui fait beaucoup quand même pour un seul homme. je ne sais plus ce que le pauvre homme leur avait fait. sans doute rien.
"il li depeceront la pel et li ferunt roge capel", soit en gros ils l'écorcheront, surtout la tête, et ça fera comme un bonnet rouge. ah, on savait s'amuser!
oh, et l'histoire du chien! si je me souviens bien, c'est un chien affamé qui cherche simplement à manger. les paysans trouvent qu'il est laid et n'a pas à fouiller les poubelles, alors ils l'attrappent et "tant l'ont batu que tot fu mol." et après ils le poussent dans un fossé pour qu'il crève.
un jour, le roi est malade, et Renart lui fait croire que plein de morceaux d'animaux de sa cour peuvent le guérir. comme la peau d'ysengrin (encore).
"il lui est facile de vous prêter sa peau (dit renart)
car nous entrons dans la nouvelle saison
et sa peau aura tôt fait de repousser,
il ne souffrira pas du froid, même s'il est nu!"
alors tout le monde écorche ysengrin. et ensuite ils s'en prennent au cerf en lui arrachant les nerfs des bois. et ils rient.
il y a mon passage préféré du monde. le voici. pour situer, ysengrin est poursuivi par des paysans qui veulent le tuer.
"le loup, fatigué, s'endort au pied d'un arbre. renart l'y attache, puis s'en va. un paysan qui passait par là en profite pour rosser le loup. (...) Roënel (un chien) a été battu par un paysan. le goupil profite de supériorité pour pendre le chien a un arbre et se moquer de lui. (...) nous retrouvons renart en quête d'aventures, au pied d'un chêne qui abrite un nid de milans. a peine renart est-il arrivé qu'il mange les quatre petits. (...) arrive une charette chargée de viande. Drouin (le moineau, et afin de faire arrêter l'équipage pour voler les jambons) se pose sur la tête du cheval et lui picore l'oeil; le charretier, en voulant assomer le moineau d'un coup de massue, tue son cheval."
ensuite, renart, je cite, "tue Tardif le limaçon et s'empare de ses armes."
c'est tout simplement la meilleure phrase jamais écrite dans tout l'univers. quelles armes peut bien posséder un limaçon? un pépin de pomme mâchouillé? une minuscule grille de sudoku? un bout de gomme? qui peut savoir? en tous cas renart est un bâtard.
bon. après ils écorchent ysengrin et renart baptise un chat avec de la pisse, mais c'est un peu redondant.
je vous laisserai sur ces derniers mots, donc;
"couché sur un tas de foin, il (renart) croque la corneille, puis, surpris à son réveil par une inondation, il échappe à la mort en volant la barque d'un paysan qu'il essaye de noyer."
le roman de renart, la chose la plus méchante jamais faite, à part, peut-être, la petite fille qui m'avait dit "je t'aime justine, je t'aimerai encore même quand tu seras morte."
Imaginales 2011, du 27 ou 29 Mai <3